Guy
Exemple de repas en période boulimique/hyperphage : cornichons, nutella


« Si je faisais la liste de tous les aliments ridicules que j’ai mangé, comme ça, tout seul… ouais, ça m’arrivait de manger du beurre tout seul, et puis, une demi-plaquette ! Juste pour le mouvement compulsif d’ingérer quelque chose qui va me dégoûter. Il y a cette notion de punition aussi, de punition par la nourriture. »

    
    Guy, 22 ans, est atteint de divers troubles du comportement alimentaire : il alterne des périodes de boulimie, d’anorexie et d’hyperphagie, lors de périodes stressantes ou émotionnellement intenses. En phase boulimique, la compulsion le fait culpabiliser, et il se fait vomir.
    Les premiers troubles du comportement alimentaire de Guy commencent à se manifester dès l’enfance. Face à un père hyperphage (trouble consistant à manger bien plus que nécessaire en permanence, sans que cela ne s’accompagne forcément d’une sensation de faim), Guy agit par mimétisme. Il est moqué à l'école pour son surpoids, et culpabilise vis-à-vis de celui-ci. S’il commence à remettre en question son alimentation en grandissant, mais ce n’est qu’à 16 ans qu’il entend pour la première fois le terme d’hyperphagie. Cette découverte, libératrice, lui permet de s’identifier à un trouble. Cela lui enlève un poids des épaules et le fait déculpabiliser. Il prend conscience qu’il est malade, et que le problème est sérieux.
    Sa dépression se déclenche il y a environ 4 ans. Il découvre sa transidentité à la même période, ce qui entraîne d’importantes remises en question. Cette phase de tumulte, couplée à une forte auto-dévalorisation, déclenche sa boulimie. Il commence à se faire vomir, puis finit par ne plus rien manger du tout, sachant qu’il n’arrivera à rien garder. Quand il part étudier au Québec, il ne mange plus qu’une compote par jour. Cette période d'anorexie dure environ 6 mois, il perd beaucoup de poids.
Après une tentative de suicide, Guy est diagnostiqué du trouble borderline. Ce trouble de la personnalité lui fait ressentir toutes les émotions beaucoup plus intensément qu’une personne non atteinte, et cela entraîne des crises de boulimie. Aujourd'hui, il est sous antipsychotiques. Son traitement, bien qu’il lui permette de vivre en société, lui fait reprendre 30kg.
     « C’est quand j’ai commencé à habiter seul que je me suis mis à manger des choses qui n’avaient pas de sens ». Il raconte certaines crises où il mange de la moutarde à la cuillère, ou du beurre à la plaquette. La culpabilité qui s'ensuit le pousse à se faire vomir pour ne pas grossir, même s’il sait pertinemment qu'il s’autodétruit. Sa dernière phase boulimique date d’il y a quelques mois, à la suite de nombreux bouleversements dans sa vie professionnelle et personnelle. Durant cette phase, il n’arrive à rien garder de ce qu’il ingère : il régurgite même l’eau. Sa boulimie finit par se calmer brusquement, sans qu’il n’arrive à en identifier la cause.
    Guy compte plusieurs personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire dans son entourage, dont sa meilleure amie. En parler avec eux s’avère être d’une grande aide, cela lui permet de se sentir moins seul. Il rejoint également des groupes Facebook dédiés, où les malades échangent leurs conseils et se serrent les coudes. Dans son entourage, il déplore plus de comportements d’incompréhension que de pure méchanceté : beaucoup dédramatisent, ne mesurent pas l’ampleur du problème. Le psychologue qui le suit pour son trouble borderline n’y fait lui-même pas exception.
    Aujourd’hui, Guy va mieux. Il n’a pas refait de crises de boulimie, bien que son trouble se redéclenche en cas de mal-être. Il n’a pas vraiment pensé à son futur avec les TCA : « Je me suis toujours vu avec, mais faisant avec. » Il ne s’imagine pas replonger, bien qu’il soit conscient que les troubles ne disparaitront pas. Il sait cependant de mieux en mieux les gérer, et apprend à composer avec.
D’après lui, pour aider une personne atteinte de troubles du comportement alimentaire, il faut d’abord comprendre qu’un simple « je te soutiens » ne va pas régler le problème. Une guérison prend du temps, et nécessite souvent un suivi médical. Toutefois, les petits gestes anodins restent importants : un « je suis là », un « je t’aime » soulagent et peuvent permettre au malade de se sentir moins seul.
Il aimerait que chacun réalise que la morphologie n’a rien à voir avec un potentiel trouble, lui-même ayant été simultanément anorexique et en surpoids. Il voudrait également que les gens soient moins culpabilisants : la lutte n’est pas si simple, et relève du domaine médical et psychologique. Un « oui mais en même temps, si tu te forçais un petit peu ! » n’aide pas, bien au contraire.

 « Il ne faut pas lâcher l’affaire. Les choses peuvent 
changer, et on peut très bien vivre avec. »

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